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Juanito, nouvelle star de la politique mexicaine !

8 décembre 2009

La statue à l'effigie de Juanito a été exposée durant quelques jours sur la place du Zocalo à Mexico et n'a pas laissé les passants indifférents...Tout le monde voulait se faire prendre en photo aux côtés de Juanito, la nouvelle star de la politique mexicaine !

Rafael Acosta, plus connu à Mexico sous le nom de Juanito, s’est converti en quelques mois en la nouvelle star de la politique mexicaine. Dans cet article, Infosmexique revient sur cette incroyable tragi-comédie politique, qui a fait rire et pleurer plus d’un citoyen mexicain, et dont le dénouement reste encore incertain. Voyons…

Acte I, scène 1 : Juanito, Deus Ex Machina du Parti Révolutionnaire Démocratique (PRD)

Jusqu’en juin 2009, personne ne connaissait Rafael Acosta, alias Juanito, vendeur ambulant dans le Centre Historique, et candidat du Parti des Travailleurs (PT) à la mairie d’Iztapalapa, l’arrondissement le plus peuplé de Mexico…

Rafael Acosta fait son apparition tel un Deux Ex Machina le 16 juin 2009, lors d’un meeting organisé par Andrés Manuel López Obrador, ex-candidat du Parti Révolutionnaire Démocratique (PRD) à l’élection présidentielle de 2006….Le Tribunal Fédéral  Electoral  vient de faire connaître sa décision de révoquer la candidature de Clara Brugada, qui avait été choisie par le PRD pour concourir  à la mairie d’Iztapalapa, et de nommer à sa place Silvia Oliva, qui appartient à une autre aile du PRD (« Nueva Izquierda »). Personne n’ignore que cette décision pourrait avoir d’importantes répercussions lors des élections présidentielles de 2012, puisqu’Iztapalapa est l’arrondissement de Mexico  qui compte le plus grand nombre d’électeurs (plus d’1 300 000) et gère le plus gros budget (environ 300 millions de dollars annuel)… Pour éviter de perdre le contrôle d’un arrondissement aussi important, Andrés Manuel López Obrador, partisan de Clara Brugada et du courant de la « Gauche Unie » (Izquierda Unida), a alors l’idée de proposer aux électeurs d’Iztapalapa une stratégie insolite: voter pour Rafael Acosta, candidat du Parti des Travailleurs ; dès sa prise de fonction, celui-ci demandera à la Chambre des Députés locale l’autorisation de s’absenter  de son poste ; il sera alors remplacé par Clara Brugada, qui aura été préalablement nommée Directrice des Services Juridiques de la municipalité ;  passés 60 jours d’absence, la loi indique que « Juanito » devra être définitivement relevé de son poste ; Clara Brugada sera alors nommée maire d’Iztapalapa par Marcelo Ebrard en remplacement de Juanito.

Mais une stratégie aussi compliquée rendra-t-elle ses fruits ?

Acte I, scène 2: l’incertitude des élections et l’apparente victoire du courant de la « Gauche Unie »

En juin 2009, le succès de la stratégie proposée par Andrés Manuel semble encore très incertain. D’abord, parce que le résultat dépendra de la volonté des électeurs d’Iztapalapa. Deuxièmement, parce que même en supposant que les électeurs d’Iztapalapa aient une préférence pour Clara Brugada, il existe une forte probabilité que les votants se confondent le jour de l’élection. Expliquons. Comme la révocation de la candidature de Clara Brugada est intervenue seulement quelques semaines avant la date des élections, les autorités électorales n’ont pas eu le temps de faire réimprimer les bulletins de vote au nom de Silvia Olivia. Le jour de l’élection, les citoyens se verront donc proposer un bulletin qui porte le nom de Clara Brugada,  mais en le choisissant, ils voteront en réalité pour Silvia Oliva. S’ils veulent donner leur vote à Clara Brugada, ils devront se souvenir de voter pour Rafael Acosta, comme l’a indiqué Andrés Manuel López Obrador. La victoire de Clara Brugada dépendra donc étroitement de la campagne de communication développée par le PRD avant l’élection.

Mais contre toute attente, après 3 semaines d’incertitude, Rafael Acosta remporte l’élection.  Alors que le Parti des Travailleurs compte seulement 2 191 militants dans tout le pays,  il remporte 180 mille votes dans l’arrondissement d’Iztapalapa, loin devant le Parti Révolutionnaire Démocratique, qui ne totalise que 128 mille votes.

Acte 1, scène 3 : la lune de miel entre Brugada et Juanito

Durant les semaines qui suivent l’élection, Clara Brugada et Juanito vivent une véritable lune de miel, se présentant ensemble à tous les meetings et évènements politiques où l’un doit assister. Le 9 juillet 2009, Juanito, qui doit recevoir des mains de l’Institut Electoral un acte certifié de sa victoire aux élections, arrive accompagné de Clara Brugada et l’embrasse avec effusion, une photo qui fait le tour du Mexique.  A ceux qui insistent pour qu’il occupe le poste de maire, Juanito n’a cesse de répondre: «  c’est gentil, cela me rend très heureux que les gens me demandent d’assumer le rôle de maire, mais on a accordé une certaine stratégie politique, on a gagné parce que les gens nous ont fait confiance. Je ne vais pas faillir à Andrés Manuel López Obrador, je ne pense pas devenir maire d’Iztapalapa». De son côté, Clara Brugada commence à assumer des fonctions effectives de maire et installe sur la place principale d’Iztapalapa un bureau d’attention citoyenne pour recueillir les doléances de la population, en attendant que les nouveaux gouvernements locaux  élus entrent officiellement en fonction le 1 novembre.

Acte 2, scène 1 : le début des conflits

Mais ni López Obrador, ni Clara Brugada, ne semblent avoir tenu compte du caractère de « Juanito », au moment de mettre en oeuvre leur stratégie politique : Juanito es quelqu’un du peuple, sans beaucoup d’éducation, qui reconnaît lui-même aimer les projecteurs et la célébrité. Pour la biographie, Juanito est né le 17 juillet 1958 dans un arrondissement pauvre de la ville de Mexico ; sa mère, Concepción Alvarez Garibaldi, met au monde 20 enfants, mais seulement 12 survivent ; de son enfance, Juanito garde le souvenir de la pauvreté et  du manque ; il finit le collège, mais pas le lycée et commence très tôt à travailler, d’abord comme plongeur et serveur dans différents restaurants, puis comme vendeur ambulant, dans le Centre Historique, et dans les marchés de Chalco et San Juan Pantitlán. A l’occasion, Juanito a été figurant dans des films de série B, et lutteur de « lucha libre ». Divorcé de sa femme, il a eu trois enfants, dont l’un est mort à 23 ans d’une balle dans la tête lorsque « ses adversaires politiques ont tenté de le tuer ».

C’est ce personnage qu’Andrés Manuel López Obrador a désigné pour céder sa place à Clara Brugada, sans voir que la gloire monterait très vite à la tête de Juanito, et qu’il serait la proie facile des parties de droite (PAN), prêts à tout pour faire sortir le PRD d’Iztapalapa.

Le revirement de Juanito ne se fait pas attendre. En août 2009, après un mois de lune de miel, Juanito commence à se rebeller et déclare « qu’il aimerait bien rester gouverner Iztapalapa et qu’il ne doit rien à personne». Il affirme qu’il savait depuis le début qu’il remporterait l’élection, bien avant la révocation de la candidature de Clara Brugada et l’intromission de López Obrador. « C’est pour ce que j’ai fait à Iztapalapa que les gens ont soutenu Juanito, j’aurais gagné contre qui que ce soit, Silvia Oliva o Clara Brugada, ils m’ont juste permis de gagner plus facilement ». Malgré tout, Rafael Acosta soutient que « Juanito n’a qu’une parole » et affirme qu’il laissera son poste de maire à Clara, comme il l’a promis.

Acte 2, scène 2 : la trahison

C’est en septembre 2009, lors d’une visite à la Basilique de Guadalupe, que Juanito annonce à la presse son intention de rester gouverner Iztapalapa. Il affirme qu’il a pris cette décision pour respecter la volonté des citoyens  qu’ils l’ont élu, et qu’il offrira un poste à Clara Brugada à la mairie. « Ce n’est pas un acte de trahison », explique-t-il à la presse, « je m’étais engagé, mais Brugada n’a pas voulu s’engager à laisser 50% des postes à mon équipe».

Juanito se serait-il laissé aveuglé par la soif de pouvoir ? Ou  serait-il victime des machinations des partis politiques de droite, désireux de s’emparer d’un arrondissement aussi important ? A ce sujet, il est intéressant de mentionner que deux jours avant de faire connaître sa décision, Juanito a soutenu une réunion avec la dirigeante locale du Parti Action National (PAN), Mariana Gómez del Campo. Celle-ci lui aurait supposément proposé de le mettre en contact avec des spécialistes pour l’aider à gouverner Iztapalapa, mais il est aussi fort possible que « Juanito » se soit vendu aux plus offrants.  

Quoiqu’il en soit, 15 jours avant sa prise de fonction officielle programmée pour le 1 octobre 2009, Juanito rompt formellement le dialogue avec Clara Brugada. Alors que Brugada multiplie meetings et assemblées politiques pour tenter de défendre « sa victoire », Juanito renforce les mesures de sécurité autour de sa personne et assiste aux cours de capacitation en administration publique  qui ont été mis en place par le gouvernement, bien décidé à assumer ses nouvelles fonctions de maire.

Acte 2, scène3 : le revers de dernière minute

Mais toute tragi-comédie qui se respecte réserve au public plusieurs coups de théâtre. Alors que tout le monde s’attend à voir gouverner Rafael Acosta, le 28 septembre Juanito assiste à un rendez-vous avec le maire de Mexico, Marcelo Ebrard, et annonce, à peine sorti de la réunion, que dès sa prise de fonction le 1 octobre, il demandera l’autorisation de s’absenter de son poste pour 59 jours, comme il avait promis en juin dernier, laissant Clara Brugada à la direction de la mairie. « Je n’ai pas pris cette décision sous la pression de quelqu’un, je l’ai pris pour la tranquillité et la paix d’Iztapalapa », explique-t-il à la presse, « je n’ai peur de personne, je veux simplement qu’Iztapalapa continue à vivre en toute tranquillité, comme elle l’a toujours fait ». Juanito allègue en outre ne pas se sentir bien et passer par des ennuis de santé. Il informe qu’en échange de son renoncement, il a obtenu 3 des 7 directions territoriales de l’arrondissement, et 2 des 6 directions générales.

Le 1 octobre, vêtu d’un costume flambant neuf, Juanito prête serment comme maire d’Iztapalapa devant la Chambre des Députés locale, non sans lancer un cri de colère contre le Parti des Travailleurs, qu’il accuse de trahison. « Muera al PT traidor », clame-t-il devant l’Assemblée. Mais comme il en a fait la promesse 2 jours auparavant,  il ne s’éternise pas dans ses fonctions et une heure à peine après avoir prêté serment, il nomme Clara Brugada Directrice des Services Juridiques de la municipalité et demande l’autorisation de s’absenter de son poste.  

Acte 3, scène 1 : l’oubli

Après 3 mois de conflits, Iztapalapa semble alors retrouver une certaine accalmie. Malgré quelques tensions initiales causées par les déclarations de Juanito qui affirme « qu’il a demandé l’autorisation de s’absenter,  mais reviendra occuper son poste  dans 59 jours », Clara Brugada se laisse aller à la joie de gouverner un arrondissement qu’elle convoite depuis 10 ans. De son côté, Juanito se fait peu à peu oublier, du moins en tant que figure politique, et ne fait que quelques brèves apparitions « artistiques », notamment pour présumer la statue à son effigie qu’a élaborée le sculpteur Bernardo Luis López Artasánchez et promouvoir le spectacle  de Salvador Varela qu’il a inspiré « Ay, Juanito, no te rajes ».

Acte 3, scène 2 : le coup de théâtre

Mais nouveau coup de théâtre : dans la nuit du 27 au 28 novembre, 58 jours exactement après avoir demandé l’autorisation de s’absenter de son poste, Juanito prend possession des bureaux de la mairie, déclarant « qu’à partir de cet instant, il assume le poste de maire d’Iztapalapa pour lequel il a été élu puisque son état de santé s’est amélioré ». Face à cette « nouvelle trahison », la réponse de Clara Brugada ne se fait pas attendre : elle annonce qu’elle demandera à la Chambre des Députés locale de procéder à la destitution de Juanito, argumentant que la présence de Rafael Acosta engendre de forts risques d’ingouvernabilité à Iztapalapa. Si bien cette demande a le soutien de la plupart des députés du PRD, les dés ne sont pas encore joués, puisque la destitution de Juanito doit être acceptée par la majorité absolue des députés. En attendant, les partisans de Clara Brugada et de Juanito maintiennent la mairie d’Iztapalapa en état de siège : tandis que Clara Brugada et ses sympathisants multiplient meetings politiques et manifestations et tentent de reprendre le contrôle des bâtiments de la mairie, Juanito fait face à la démission d’un grand nombre de fonctionnaires et lutte tant bien que mal pour exercer son pouvoir politique.

Acte 3, scène 3 : Juanito, Brugada ou un autre ?

A l’heure actuelle, personne ne sait encore comment finira cette tragi-comédie politique mexicaine : Juanito, Brugada, ou un autre ? Qui sera maire d’Iztapalapa d’ici à 2012 ?

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