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La fin de Luz y Fuerza del Centro 1/2?

21 octobre 2009
Les électricistes de Luz y Fuerza del Centro ne sont pas disposés à accepter l'extinction de Luz y Fuerza del Centro et de leur syndicat, le SME...

Les électriciens ne sont pas disposés à accepter l'extinction de Luz y Fuerza del Centro et de leur syndicat, le SME...

Dimanche 11 octobre, le Président Felipe Calderón a décrété l’extinction de Luz y Fuerza del Centro, l’organisme décentralisé responsable de la production, acheminement, transformation, distribution et approvisionnement de l’énergie électrique dans les Etats du Centre du pays (Distrito Federal, Estado de México, Morelos, Puebla, Hidalgo). Le décret d’extinction de Luz y Fuerza del Centro a été publié après que la Police Fédérale Préventive (PFP) ait pris possession par la force des bureaux et installations de l’organisme, lors d’une opération surprise qui a eu lieu samedi 10 octobre, alors que la majorité des travailleurs de l’entreprise fêtaient la qualification de l’équipe nationale du Mexique à la Coupe du Monde de 2010.

Cette démonstration de force, digne d’une dictature et pas d’une démocratie, peut paraître excessive, mais pour le Président de la République mexicain, la fin semble justifier les moyens. Selon le décret qui a été publié dans le Journal Officiel de la Fédération, l’extinction de Luz y Fuerza del Centro est pleinement justifiable puisque « cet organisme avait cessé de fonctionner dans l’intérêt de l’économie nationale » (article 16 de la Ley Federal de las Empresas Estatales). Le décret d’extinction de l’organisme établit entre autres que Luz y Fuerza del Centro perdait 30% de l’énergie qu’elle produisait ; que le coût unitaire des travaux réalisés par Luz y Fuerza del Centro était 176% supérieur à  celui de la Comisión Federal de Electricidad, l’entreprise publique responsable de la production et distribution de l’électricité dans le reste du pays ; et que Luz y Fuerza del Centro coûtait 2 fois plus d’argent à l’Etat qu’elle n’en rapportait (voire tableau ci-dessous).

Indicateurs (août 2009) Comisión Federal de Electricidad (CFE) Luz y Fuerza del Centro (LFC)
Nombre de plaintes/1000 habitants 4,5 10,3
Nombre de coupures de courant /an et /usager 1,9 4,5
Temps d’interruption/an et /usager (minutes) 98 123,9
Perte Totale d’énergie/an (%) 11,3 31
Délai moyen pour la connexion de nouveaux usagers (jours) 1,2 6,4
Ventes totales d’énergie/employé (MWh/an) 2689,1 719,3

Source : Comisión Federal de Electricidad et Luz y Fuerza del Centro

Mais à qui attribuer le rendement plus que médiocre de Luz y Fuerza  del Centro ? A en croire le Président Felipe Calderón, la responsabilité incomberait exclusivement au Sindicato Mexicano de Electricistas (SME) qui protégé par le contrat collectif de travail, participe à la prise de décisions et défend ses intérêts et pas ceux des usagers. Lors d’un message à la nation diffusé dimanche 11 octobre sur toutes les chaînes télé, le Président Calderón a dénoncé le fait que Luz y Fuerza del Centro recevait  le double du budget attribué à l’Université Nacional Autónoma de México et un budget équivalent à la totalité des ressources destinées à la lutte contre la pauvreté, mais que, loin de servir à améliorer la qualité du service électrique, cet argent servait à financier les privilèges et prestations onéreuses des travailleurs syndiqués. Il a même poussé plus loin l’argumentation, en avançant que le convention collective était  responsable de la mauvaise qualité du service électrique, et par conséquent, de la perte de milliers d’emplois, car « beaucoup d’entreprises ne s’installent pas dans la zone centre du pays, parce qu’elles n’ont pas accès à l’énergie électrique dont elles ont besoin ».

Le Sindicato Mexicano de Electricistas (SME) a bien sûr immédiatement réfuté les arguments avancés par l’exécutif fédéral. Dans un communiqué,  il a rappelé que les 40 milliards de pesos que Luz y Fuerza del Centro reçoit de l’Etat mexicain ne sont pas destinés à payer les prestations et salaires des travailleurs, mais à acheter l’énergie électrique dont Luz y Fuerza del Centro a besoin à la Comisión Federal de Electricidad, parce que suite à une décision du gouvernement, l’organisme n’a pas pu accroître sa capacité de production depuis 1975. Le syndicat a également avancé  que les pertes économiques de Luz y Fuerza del Centro sont liés à la politique de subventions imposée par le Ministère des Finances, qui vend aux grandes entreprises l’énergie électrique  à 88 centimes de pesos le Kw/h, alors que les usagers domestiques la payent 97 centimes de pesos le Kw/h. Mais au-delà  de ces arguments de caractère économique, le syndicat a aussi accusé le gouvernement fédéral de vouloir supprimer Luz y Fuerza del Centro dans l’intention de privatiser le service d’énergie électrique, une accusation qui a été reprise par plusieurs hommes politiques, notamment Andrés Manuel Lopez Obrador, « Président Légitime » du Mexique. Qu’on porte ou non crédit à cette accusation, il faut en tout cas reconnaître que cette idée n’est pas entièrement fantaisiste, puisque Felipe Calderón fut Ministre de l’Energie sous la Présidence de Vicente Fox de septembre 2003 à mai 2004, une période durant laquelle il a signé plusieurs contrats avec des entreprises étrangères pour exploiter les ressources énergétiques du pays.

Il faut aussi admettre, à l’encontre des arguments avancés par le Président Calderón, que le Sindicato Mexicano de Electricistas n’était pas le seul à décider de la gestion de Luz y Fuerza del Centro. En tant qu’organisme décentralisé, il était administré par un comité directeur chargé de fixer les politiques administratives de l’entreprise, « pour atteindre une gestion efficace, productive, rentable, en accord avec les besoins des usagers » (cf. La Jornada, Jueves 15 de Octubre de 2009). Ce comité directeur était intégré par le Ministre de l´Energie (Georgina Kessel en l’occurrence) ;  le directeur de Luz y Fuerza del Centro (Jorge Gutierrez Vera en l’occurrence) ; le directeur de la Commission Fédéral d’Electricité ; des représentants du Ministère des Finances ; de l’Economie ; de Développement Social ; et de l’Environnement ; et 3 représentants du Sindicato Mexicano de Electricistas. A l’intérieur de ce comité directeur, les décisions se prenaient à la majorité. Alors comment le Sindicato Mexicano de Electricistas, qui n’occupait que 3 des 10 sièges du comité, a-t-il réussi à imposer ses intérêts sur ceux des usagers, comme l’a affirmé Calderón?

Mais qu’on partage ou non la vision de Calderón à propos du manque de rentabilité de Luz y Fuerza del Centro, il reste que le décret d’extinction de l’organisme a laissé 44 000 travailleurs sans emploi. Et même si le gouvernement fédéral a promis à ces nouveaux chômeurs d’alléchantes indemnités – en moyenne équivalentes à 2 ans et demi de salaire – la plupart des travailleurs de Luz y Fuerza del Centro ne sont pas disposés à troquer leur moyen de subsistance pour des bénéfices immédiats au milieu de la crise économique sans précédent que traverse le Mexique. Malgré les pressions exercées par le gouvernement pour que les travailleurs acceptent au plus vite le licenciement –on a ainsi promis des indemnités plus alléchantes aux travailleurs qui signent leur licenciement avant le 14 novembre -,  la tâche ne sera pas aussi facile que l’espérait Calderón.

Deux jours après l’extinction officielle de Luz y Fuerza del Centro, le Sindicato Mexicano de Electricidad a annoncé qu’il contesterait le décret émis par Calderón devant les tribunaux et qu’il ferait pression sur les différents groupes parlementaires pour obtenir la dérogation du décret. Il a également convoqué à une immense manifestation le 15 octobre pour que la société civile, en signe de soutien au syndicat,  incite l’exécutif  à revenir sur sa décision.

Sans conteste, cette manifestation a été un succès pour le Sindicato Mexicano de Electricidad : 150 000 personnes y ont assisté selon les autorités (300 000 personnes selon le Sindicato), c’est beaucoup plus que les 44 000 travailleurs et 22 000 retraités que compte Luz y Fuerza del Centro. Beaucoup d’organisations sociales sont venues soutenir le Sindicato Mexicano de Electricidad, notamment des étudiants des différentes universités publiques de la capitale, des travailleurs de l’INAH (Instituto Nacional de Antropología e Historia), le syndicat des opérateurs des lignes téléphoniques, etc… Sur la majorité des pancartes, les manifestants exprimaient leur appui au Sindicato Mexicano de Electricistas avec des slogans tels que « 10 millions de chômeurs sous la Présidence de Calderón, 60 000 en plus aujourd’hui, le Mexique paradis du chômage », ou encore « Calderón, pourquoi tu as pris l’emploi de mon papa ! Et mon avenir ? », mais la manifestation des électriciens a aussi permis à beaucoup de Mexicains d’exprimer leur propre mécontentement contre l’actuel gouvernement. Les pancartes  « faites maison » étaient nombreuses, ainsi que les slogans qui faisaient référence à la révolte armée: « S’il n’y a pas de solution, il y aura une révolution» ; « c’est l’heure de mettre un frein à l’injustice du gouvernement » ; « Fecal cela suffit ou les armes parleront ».

Du fait de la grande affluence de manifestants, les électriciens ont obtenu du gouvernement fédéral  la réouverture des négociations. Mais face au refus de l’exécutif d’envisager la révocation du décret d’extinction de Luz y Fuerza del Centro, Martin Esparza, leader des électriciens, a décidé lundi 19 d’octobre d’abandonner la table des négociations. Aujourd’hui, le dialogue continue au point mort et personne ne sait encore comment évoluera la situation. Les manifestations continueront-elles ces prochaines semaines ou les électriciens se résoudront-ils à accepter les indemnités qu’offre le gouvernement fédéral ? Le gouvernement cèdera-t-il à la pression de la rue ou maintiendra-t-il sa position, sans égard pour ceux qui pronostiquent le proche avènement d’une révolte armée ?

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