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Lorsque les passions fratricides s’immiscent dans la vie politique mexicaine….

17 août 2009

 

       Officiellement, le Mexique est, depuis la fin de la Révolution, un pays démocratique, où les conflits et les différences politiques se solutionnent par le vote, dans la Chambre des Députés et au Sénat, comme toute démocratie qui se respecte.  Pourtant, régulièrement, les passions fratricides, qui s’étaient déchainées dans toute leur grandeur durant la période révolutionnaire entre 1910 et 1929, reprennent le dessus. Ces 40 dernières années, la société mexicaine a assisté à la mort violente de plusieurs figures politiques d’envergure. Dans certains cas, les meurtres ont eu lieu à la pleine lumière du jour, parfois même sous l’œil des caméras ; dans d’autres,  la mort de ces hommes politiques est intervenue lors d’accidents  douteux et n’a pas été encore complètement éclaircie. Dans le cadre de ce reportage, Infosmexique revient sur les assassinats et « accidents » politiques qui ont marqué ces 40 dernières années, et viennent salir une démocratie politique déjà fortement fragilisée par un manque criant de représentativité. Car, qu’il s’agisse d’un« accident » ou d’un « assassinat », la mort brutale de ces politiques contribue au final, de par les doutes qu’elle soulève, à forger l’image d’une démocratie de troisième ordre, où les règlements de compte font partie des règles du jeu, au même titre que le débat d’idées.

1. Juan Camilo Mouriño: mort dans un accident d’avion en novembre 2008

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– Les faits :

Né en 1971. Juan Camilo Mouriño fut député local de l’Etat de Campeche de 1997 à 2000, puis député Fédéral de 2000 à 2003 pour le Parti Action Nationale (PAN). En 2003, il devient le conseiller de Felipe Calderón, qui était alors Ministre de l’Energie, et avec lequel il se lie d’amitié. Lorsque Calderón devient le candidat du PAN à  la Présidence de La République, Mouriño démissionne du Ministère de l’Energie pour occuper le poste de coordinateur de campagne de Calderón.  Une fois Calderón élu Président, Mouriño devient le Chef du Bureau de la Présidence en décembre 2006, puis Premier Ministre en janvier 2008, en remplacement de Francisco Ramirez Acuña. Mouriño meurt le 4 novembre 2008, lorsque l’avion privé où il voyageait s’est écrasé près de l’Avenida Reforma, à Mexico.  Il revenait de San Luis de Potosí, où il s’était rendu en visite de travail pour inaugurer le programme Paisano 2008 et signer l’Accord pour la Sécurité, la Justice et la Légalité, dans le cadre de lutte contre le crime organisé. Les 8 autres passagers de l’avion Learjet –dont José Luis Santiago Vasconcelos, ancien directeur du Bureau d’Investigation Spécialisé en Délinquance Organisée (SIEDO) – sont également décédés, ainsi que 6 piétons et automobilistes, qui circulaient sur l’avenue Reforma, au moment de l’accident.

– L’enquête :

Jusqu’à maintenant, la théorie défendue par les autorités mexicaines est que la mort de Juan Camilo Mouriño est le résultat d’un accident : les pilotes de l’avion où voyageait le Premier Ministre mexicain n’ont pas maintenu une distance suffisante avec l’avion qui les précédait sur la route aérienne ; le Learjet se serait écrasé, déstabilisé par les turbulences générées par l’appareil qui le précédait, de dimensions plus importantes. Mais ce n’est qu’en octobre 2009 que les résultats officiels de l’enquête seront rendus publics, une fois terminées les analyses des restes de l’avion.

L’autre piste avancée par les autorités mexicaines selon laquelle l’accident pourrait être lié à des irrégularités commises lors du processus d’acquisition de l’avion, serait à l’heure actuelle écartée. Même si Carlos Alfredo Juraidini et Francisco González Muñoz, fonctionnaires responsables de l’acquisition et de la sécurité des avions du Ministère, ont été renvoyés de leurs postes en décembre 2008 pour avoir procédé à la licitation des avions en fast-track, il n’ y aurait vraisemblablement pas de lien entre ces erreurs administratives et l’accident (cf. article de la Jornada pour plus d’informations (http://www.jornada.unam.mx/2009/06/04/index.php?section=politica&article=010n3pol ).

Quant à la thèse d’un possible attentat, elle a toujours été réfutée par les autorités mexicaines, et ce, dès les premières expertises. Mais de son côté, la société mexicaine reste sceptique et pour cause: la liste des hommes politiques morts lors d’accidents douteux est longue, depuis la mort de Carlos Madrazo lors d’un accident d’avion en 1969, au décès de Ramón Martín Huerta lors d’un accident d’hélicoptère en 2005, en passant par Manuel Clouthier, qui meurt en 1989 dans un accident de voitures. Curieuse coïncidence ou comble de malchance pour les hommes politiques! A cela, il faut ajouter que bien que Mouriño soit mort dans des circonstances tragiques, son décès brutal et soudain fut opportun pour plusieurs groupes politiques (et bandes criminelles), qui réclamaient depuis plusieurs mois la tête du Premier Ministre, après le scandale causé par sa double nationalité et les supposés contrats qu’il aurait signé avec Pemex pour favoriser les affaires de sa famille.  Face à cette situation, les doutes  sur les circonstances de la mort de Mouriño restent nombreux.

2. Ramón Martin Huerta : mort lors d’un accident d’hélicoptère en septembre 2005

RAMONNT_ – Les faits :

Né en 1957. Ramón Martín Huerta fut gouverneur de Guanajuato (1999-2000) et Ministre de la Sécurité Publique sous la Présidence de Vicente Fox (2004-2005).  Il meurt le 21 septembre 2005, lorsque l’hélicoptère où il voyageait s’est écrasé contre la montagne La Cima, dans l’Etat de Mexico. C’était alors l’un des hommes les plus proches du Président de la République.  Lors de l’accident, Martín Huerta  se rendait à la prison de l’Altiplano, où allait commencer à opérer une nouvelle force policière, chargée de mettre un terme à la corruption dans les prisons de Haute Sécurité.  Huit autres personnes sont mortes lors de l’accident, dont l’un des représentants de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, José Antonio Bernal.

 – L’enquête :

Officiellement, les résultats de l’enquête indiquent que la mort de Ramón Martín Huerta fut le résultat d’un accident, lié aux mauvaises conditions climatologiques et au manque d’expérience du pilote et copilote. Malgré tout, pour la famille de Ramón et de nombreux mexicains, la piste de l’attentat reste ouverte. D’abord parce que les autorités mexicaines ont refusé de rendre public les preuves qui les ont amenées à soutenir la thèse de l’accident, argumentant que cette information est classifiée pour une durée de 12 ans. Deuxièmement, parce que selon plusieurs versions, Martin Huerta aurait reçu des menaces de mort. Enfin,  parce qu’il ne faut pas oublier que Martin Huerta avait de nombreux ennemis politiques. Quelques mois avant sa mort, plusieurs députés du Parti Révolutionnaire démocratique (PRD) avaient exigé que Ramón Martín Huerta renonce à son poste de Ministre, après les négligences commises par le Ministère de la Sécurité Publique lors du lynchage de 2 policiers à Mexico, et la mort du frère d’ « El Chapo Guzmán » dans une prison fédérale. 

3. José Francisco Ruiz Massieu: assassiné en septembre 1994 

 – es-masieu300Les faits :

Né en 1946.  José Francisco Ruiz Massieu fut Gouverneur de Guerrero de 1987 à 1993,  puis Secrétaire Général du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) en 1994. Marié à l’une des sœurs du Président Salinas de Gortari, Ruiz Massieu se préparait à devenir Coordinateur Parlementaire des députés du PRI, lorsqu’il est assassiné d’une balle dans la tête le 28 septembre 1994, à Mexico, dans la rue Lafragua, par Daniel Aguilar Treviño, qui était armé d’une mitraillette 9 millimètres.

 –L’enquête :

Bien que la loi mexicaine stipule que les enquêteurs ne doivent pas avoir de lien avec la victime, c’est le frère de José Francisco Ruiz Massieu, Mario Massieu, qui est chargé de l’enquête. Daniel Aguilar Treviño, auteur matériel du crime, est arrêté et condamné à 50 ans de prison. Lors de son interrogatoire, il révèle que le crime a été commandité par Fernando Rodriguez Gonzalez, mais celui-ci désigne le frère du Président sortant, Raul Salinas de Gortari, et le député fédéral, Manuel Muñoz Rocha, comme auteurs intellectuels du crime. Muñoz Rocha disparaît durant l’enquête, mais pas  Raul Salinas de Gortari, qui est finalement condamné à 27 ans de prison pour la mort de Ruiz Massieu le 16 juillet 1999. Selon la sentence dictée par le juge, Muñoz Rocha se serait mis d’accord avec Raúl Salinas de Gortari pour éliminer Ruiz Massieu et impulser sa carrière politique. C’est donc un crime éminemment politique.

Mais Raul Salinas de Gortari fait appel. Ses avocats démontrent que Fernando Rodriguez, le témoin qui l’avait accusé d’être l’auteur intellectuel de l’assassinat de Ruiz Massieu, a reçu 500 mil dollars pour témoigner contre lui. Il s’agit donc d’un faux témoignage, qui remet en question toute l’accusation. Le 14 juin 2005, Raúl Salinas de Gortari est acquitté et remis en liberté. De son côté, Muñoz Rocha est toujours porté disparu.

A bientôt 15 ans de l’assassinat de Ruiz Massieu, les auteurs intellectuels du crime sont donc toujours en liberté, et le mobile du meurtre n’a pas encore été éclairci.

A lire pour en savoir plus :

  • Yo acuso : denuncia de un crimen politico, de Mario Ruiz Massieu. Dans ce livre, Mario Ruiz Massieu nous livre ses réflexions sur le meurtre de son frère, et les pistes suivies lorsqu’il était responsable de l’enquête.

4. Luis Donaldo Colosio: assassiné en mars 1994

images-6– Les faits :

Né en 1950. Luis Donaldo Colosio fut élu député fédéral en 1985, puis Sénateur et Président National du PRI en 1988. En 1992, il devient Ministre pour le Développement Social sous le gouvernement de Salinas de Gortari. Le 28 novembre 1993, il est nommé candidat du PRI à la Présidence de la République. Il est assassiné le 23 mars 1994 de 2 coups de revolver, alors qu’il faisait campagne dans un arrondissement populaire de Tijuana, appelé Lomas Taurinas.

 – L’enquête :  

        Au moment de sa mort, Luis Donaldo Colosio était accompagné de plusieurs caméramans. Son meurtre a donc été filmé par plusieurs caméras. L’auteur matériel du crime, Mario Aburto Martinez, âgé de 23 ans et originaire du Michoacán,  est arrêté quelques instants après le meurtre, et condamné à 45 ans de prison. Mais durant la suite de l’investigation, des doutes surgissent et les enquêteurs commencent à envisager la possibilité que les coups de revolver aient été tirés par deux personnes différentes, ou que plusieurs  complices présents au moment du meurtre aient aidé Mario Aburto à concrétiser l’assassinat de Colosio. La justice mexicaine ordonne plusieurs mises en examen et différentes personnes sont arrêtées, parmi lesquelles Othon Cortés, chauffeur de Donaldo Colosio au moment des faits. Néanmoins, au fil des années, toutes ces hypothèses s’effondrent et la version officielle consigne que l’ex-candidat présidentiel fut tué par un assassin solitaire. Malgré la fermeture de l’enquête, de nombreuses voix au Mexique continuent à croire que Colosio fut victime d’un complot politique  et demandent aujourd’hui encore la réouverture du dossier.

A lire pour en savoir plus :

– El segundo tirador, de Constantino Presa. Livre qui retrace l’histoire de l’arrestation et détention d’Othon Cortés, chauffeur de Luis Dolaldo Colosio au moment des faits, et considéré durant plusieurs années comme le second auteur matériel du crime.  

5. Manuel Clouthier : mort lors d’un accident de voiture en octobre 1989

images-8– Les faits :

Né le 13 juin 1934. Politique et homme d’affaire, Manuel Clouthier est le candidat du PAN à Gouverneur de Sinaloa en 1986, puis le candidat du PAN à la Présidence de la République en 1988, face à Salinas de Gortari, candidat du PRI, et Cuauhtémoc Cárdenas, candidat du PRD. Après la « chute du système », Clouthier conteste la victoire de Salinas de Gortari et demande l’annulation de l’élection. Rapidement, il  prend la tête de la résistance civile et réalise plusieurs actions de protestation, parmi lesquelles une grève de la faim, et l’instauration d’un cabinet politique alternatif, en marge du gouvernement officiel. Clouthier meurt le 1 octobre 1989 dans un accident de voitures, après que son automobile ait heurté un camion sur la route Mexico-Nogales. Le député Javier Calvo Manrique, qui conduisait la voiture et se trouvait aux côtés de Clouthier, meurt également lors de l’accident.

– L’enquête :

La version officielle des autorités mexicaines est que la mort de Clouthier est le résultat d’un malheureux accident. Mais aujourd’hui comme il y a 20 ans, nombreux sont ceux qui doutent de cette version (on peut mentionner notamment l’éditorialiste Germán Dehesa). Autant par ses idées que par ses actes, Clouthier était un homme qui dans le contexte post-électoral de l’époque, dérangeait le pouvoir en place. Dans le livre autobiographique A Los Pinos, Vicente Fox, qui était alors candidat à la Présidence de La République, admettait lui-même douter des circonstances de la mort  de Clouthier : « ces connards l’ont tué….je crois que jamais je ne cesserai de penser qu’il a pu s’agir d’un crime » (p. 77).  Mais une fois élu Président, Vicente Fox n’a jamais pris la décision d’ouvrir une enquête pour éclaircir la mort de Maquio, comme on avait l’habitude d’appeler Manuel Clouthier au Mexique. Il est donc peu probable que la société mexicaine connaisse un jour la vérité. 

A lire pour en savoir plus :

  • Manuel Clouthier, la biografía, d’Enrique Nanti.

6. Carlos Alberto Madrazo: mort dans un accident d’avion en 1969

images-10-Les faits:

Carlos Alberto Madrazo est le père de Roberto Madrazo, qui fut candidat du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) à la Présidence de la République en 2006. Né en 1915, Carlos Madrazo fut Gouverneur de l’Etat de Tabasco de 1959 à 1964, puis président du Comité Exécutif du Parti Révolutionnaire Institutionnel. En tant que Président du Comité exécutif, Madrazo essaya de réformer les statuts du Parti Révolutionnaire Institutionnel, et proposa que les candidats aux postes d’élection populaire soient élus démocratiquement à l’intérieur du parti, au lieu d’être choisis par « dedazo ». Mais Madrazo se heurta à l’opposition de celui qui était alors Président de la République, Gustavo Diaz Ordaz, et fut forcé à abandonner son poste. Il meurt le 4 juin 1969, lorsque l’avion où il voyageait et qui appartenait à la compagnie Mexicana de Aviación, s’est écrasé contre le Cerro del Fraile, près de la ville de Monterrey, dans l’Etat de Nuevo León. 78 autres passagers moururent lors de l’accident, dont le champion de tennis, Rafael Herrera Osuna (« el Pelón »), et le Directeur de la Police Fédérale des Chemins,  Raúl  Chapa Zarate.

– L’enquête :

La version officielle des autorités est que Carlos Madrazo mourut lors d’un malheureux accident : l’avion où il voyageait aurait heurté de plein fouet le Cerro del Fraile, résultat des « erreurs de l’équipage ». Mais de nombreux doutes demeurent quant aux circonstances réelles de l’accident. D’abord, parce que la boîte noire de l’avion n’a jamais été retrouvée. Deuxièmement parce qu’étant ouvertement favorable à la démocratisation du PRI, Carlos Madrazo avait de nombreux ennemis politiques, notamment Luis Echeverría, qui prétendait succéder à Gustavo Diaz Ordaz à la Présidence de la République et à qui il faisait concurrence. Dans ce contexte, la possibilité que Carlos Madrazo ait trouvé la mort dans un « attentat » est défendue par plusieurs personnes, notamment par son fils, Roberto Madrazo, qui dans le livre La Traición, considère que son père fut « victime d’un crime d’Etat », bien qu’il « n’ait pas les preuves tangibles pour le prouver ». Conclusions similaires pour Mario Clio, qui a étudié pendant plus de 10 ans les circonstances de cet accident, et révèle dans le livre Fragmentos de un avionazo, que l’avion de Mexicana aurait explosé en vol avant de  heurter la montagne.  

A lire pour en savoir plus :

  • Fragmentos de un avionazo, de Mario Clio. Les conclusions de l’enquête menées par Mario Clio sur l’accident d’avion du Boeing de Mexicana en 1969,  racontées de façon romancée. 
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